Du plaidoyer à l’évaluation : deux ans après le CAPI 2024, où en est le Bénin sur les droits des personnes détenues ?
Article écrit par Romuald Elysée Gbaguidi, participant au CAPI 2024
Lorsque j’ai participé au Cod’Action plaidoyer international (CAPI) 2024 à Genève, j’ai porté un projet consacré à la prévention de la violence et à la protection des droits des personnes détenues dans les établissements pénitentiaires d’Akpro-Missérété au Bénin. L’ambition n’était pas seulement d’alerter sur les violations observées, mais aussi de contribuer à un dialogue fondé sur des solutions concrètes et durables.
Près de deux ans plus tard, l’exercice le plus utile n’est plus de présenter le projet, mais d’observer ce qui a évolué.
187 articles répartis sur 66 pages : adoption d’un décret transformatif pour les personnes détenues
L’avancée la plus structurante enregistrée au Bénin reste l’adoption du décret n°2024-1153 du 09 octobre 2024 portant organisation et régime intérieur des établissements pénitentiaires. Ce texte, composé de 187 articles répartis sur 66 pages (Journal officiel du Bénin ; La Nation, 2025), constitue l’une des réformes réglementaires les plus importantes du secteur pénitentiaire béninois de ces dernières années.
Le décret introduit plusieurs évolutions : clarification de l’organisation interne des établissements, encadrement du régime disciplinaire, formalisation de la gestion des biens des personnes détenues, intégration de mécanismes de réinsertion et révision des règles applicables aux visites (La Nation, janvier 2025).
Nouvelles dispositions pour le régime des visites
L’un des changements les plus commentés concerne justement le régime des visites. Les nouvelles dispositions imposent l’obtention préalable d’un permis de visite ou d’une autorisation spécifique pour accéder aux établissements pénitentiaires. Le texte maintient toutefois des régimes particuliers pour certaines catégories d’acteurs, notamment les avocats, les autorités compétentes et les structures légalement habilitées (Décret n°2024-1153 ; Africaho, 2025).
Certaines analyses ont relevé que des procédures administratives trop restrictives pourraient, à terme, affecter le maintien des liens familiaux ou réduire l’ouverture des lieux de détention au regard extérieur (La Nouvelle Tribune, janvier 2025). Le débat ne porte donc pas sur le principe de régulation, mais sur la capacité du système à concilier exigences sécuritaires et protection effective des droits fondamentaux.
Favoriser l’insertion sociale et l’apprentissage
Une autre évolution importante est intervenue avec le décret portant organisation du travail pénitentiaire, adopté en janvier 2025. Cette réforme entend faire du temps de détention un espace de préparation à la réinsertion sociale, notamment par des activités productives, l’apprentissage de compétences et des mécanismes encadrés de valorisation du travail (Le Potentiel, janvier 2025).
Ces avancées traduisent une volonté de modernisation du système carcéral béninois. Toutefois, leur impact dépendra surtout de leur mise en œuvre effective : amélioration des conditions de détention, accès réel aux droits et prise en compte des observations de la société civile.
Construire et assurer un changement pérenne
Le CAPI 2024 m’a appris qu’un plaidoyer ne s’arrête ni à une formation ni à l’adoption d’une réforme. Le changement se construit dans le temps : il exige de suivre les engagements pris, d’en évaluer les effets et de poursuivre le dialogue jusqu’à ce que les réformes deviennent des réalités vécues.